Piqûre de rappel

21 mars 2022
Image Piqûre de rappel

Les services sociaux fribourgeois réagissent favorablement à la promotion de l’interprétariat proposée en 2021.

« Cette promotion – cf. encadré - a été pour nous une piqûre de rappel. Plus d’un bénéficiaire sur deux suivis par notre service est allophone. Nous agissons généralement « avec les moyens du bord » sans chercher d’autres solutions, L’interprétariat devrait devenir un réflexe », reconnaît Diana Aebischer, responsable du Service social régional (SSR) de La Sonnaz en charge de 400 dossiers d’aide matérielle ou personnelle pour un bassin de population de 16'000 personnes.

Dans les SSR, une demande d’interprétariat est soumise à autorisation de la Commission sociale. Selon Lucie Sciboz, assistante sociale au SSR de la Haute-Sarine, « ponctuellement, il n’y a pas de problème pour l’obtenir. Toutefois, je doute que la Commission sociale valide un suivi avec interprète, chaque mois, pour une personne qui ne serait pas en réinsertion par exemple ».

Situations sensibles

Dessins, mimes, langage simplifié, entretien plus long, les professionnels du social ne manquent pas de ressources pour tenter de surmonter la barrière linguistique. Quelques mots de français parfois suffisent. Faire appel à des proches ou amis des bénéficiaires est aussi une pratique courante bien que perçue avec ambivalence. Manque de fiabilité, parti pris, conflits de loyauté, d’aucuns préfèreront utiliser « google translate » plutôt que de faire traduire leurs propos par un enfant.

Face à cette réalité, les professionnels du social distinguent les situations. « Lorsque le sujet est pointu comme expliquer les bases légales ou s’il s’agit d’un sujet sensible avec des tensions émotionnelle ou psychologique, il devient indispensable de faire appel à un interprète », explique Alexandra Scyboz, responsable du SSR de Romont. Un avis partagé par Lucie Sciboz du SSR de la Haute-Sarine : « en cas de conflit, de besoin de reformuler ou d’explications techniques, il est très positif de pouvoir bénéficier des ressources d’un interprète ».

Se comprendre pour avancer

L’impact du travail avec un interprète sur l’intervention est attesté par plusieurs professionnels. Selon Raphaël Dayer, assistant social au SSR de la Gruyère, « il est très important que la situation soit claire notamment au niveau des droits et obligations de l’aide sociale et que la personne puisse se faire comprendre et exprimer ses besoins. C’est bénéfique pour tout le monde. On gagne ainsi en confiance et en efficacité dans l’intervention ». De plus, comme le souligne Lucie Sciboz, « il est bien plus facile d’adhérer à quelque chose que l’on comprend ».

Les interprètes favorisent sans conteste une meilleure compréhension mutuelle. Leurs compétences interculturelles s’avèrent également précieuses, comme l’explique Diana Aebischer : « Nous envisagions de sanctionner l’une de nos bénéficiaires, qui refusait de se rendre au cours de français, pour défaut de collaboration. En ultime recours, nous avons organisé un entretien avec un interprète. La personne a alors pu exprimer ses craintes de sortir de chez elle, prendre le bus et les pressions de son mari. De son côté, l’assistante sociale a pu exprimer l’exigence posée par le service et son sens. Madame a alors été d’accord de se rendre au cours de français et continue d’y aller à ce jour ».

Dès lors, il ne fait aucun doute pour Alexandra Scyboz que, « le fait de pouvoir faire appel à un interprète nous permet d’avancer dans la situation tant au niveau de l’insertion socioprofessionnelle que du suivi administratif ».

Neutralité requise

Parmi les attentes des professionnels du social en matière d’interprétariat, l’une d’entre elle apparaît récurrente. « La neutralité est essentielle. Ne pas juger, ne pas prendre parti ni prendre position est fondamental lors des entretiens », explique la responsable du SSR de Romont. Et Lucie Sciboz de préciser : « La relation d’aide inclut une dimension de contrainte avec de possibles frustrations. Certaines décisions peuvent paraître dures. Il est donc très important que l’interprète reste neutre et fidèle au sens du message transmis ».

Par ailleurs, avoir quelques connaissances quant aux droits/devoirs de l’aide sociale peut, selon Raphaël Dayer, être utile aux interprètes amenés à intervenir dans les services sociaux. « Mais, en termes de traduction, nous ne sommes pas dans un tribunal. L’important est de se comprendre ».

Réflexion permanente

Perçu favorablement par les professionnels du social, l’interprétariat n’est ni une solution de facilité, ni un frein à l’intégration. « Notre rôle est de chercher avec les personnes une solution à un problème. Si, pour cela, il faut faire appel à un interprète, ce n’est pas un problème. Ce n’est pas en étant rigide sur ce point que l’on favorisera l’intégration, au contraire », estime André Sallin, responsable du SSR de La Gruyère. Et Lucie Sciboz de conclure : « l’interprétariat n’est pas un outil à négliger car il s’inscrit précisément dans la réflexion permanente que nous menons afin de déterminer la mesure la plus adaptée pour faciliter l’intégration.(cb)

ENCADRE – A qui de payer la facture ?

Durant un an, le Service de l’action sociale (SaSoc) et le Bureau de l’intégration des migrant-e-s et de la prévention du racisme (IMR) prennent en charge la moitié des frais d’interprétariat en présentiel. En dehors de ce cadre promotionnel, la facture d’interprétariat est soit à la charge d’un service, soit imputable au bénéficiaire. « A charge du bénéficiaire, cela augmente sa dette d’aide sociale ce qui souvent freine les assistants sociaux. Nous étions dès lors très contents que, dans cette promotion, les frais l’interprétariat soient partagés entre le service et le canton et non plus à charge du bénéficiaire », explique Diana Aebischer, responsable du SSR de la Sonnaz.

Pour André Sallin, responsable du SSR de la Gruyère, au vu de la faible proportion des demandes, la question du coût n’a guère d’influence sur le fait de faire appel à un interprète quand la situation l’exige. Toutefois, la réflexion reste de mise : « Finalement, les bénéfices de l’interprétariat dans l’aide sociale sont pour tout le monde : le bénéficiaire, la commune et le canton. Pourquoi les services sociaux seraient-il les seuls à payer ces frais ? », s’interroge-t-il.



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